Céline Cholet
Enseignant-chercheur spécialisé en physiologie et biochimie du raisin au sein de l’Unité Mixte de Recherche œnologie de l’ISVV
Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce que sont les maladies du bois ?
Les maladies du dépérissement de la vigne sont des maladies qui associent un cortège de micro-organismes qui colonisent le bois, finissant par faire dépérir certaines parties du cep, voire à plus long terme le pied entier. Les trois principales sont l’eutypiose, l’esca et le black dead arm (BDA).
Face aux maladies du bois, la recherche explore des solutions durables pour préserver la longévité et la productivité des vignobles.
Quels sont les moyens de lutte contre ce fléau ?
Depuis les années 2000, ces maladies repartent à la hausse du fait de l’arrêt du seul traitement chimique qui fonctionnait, l’arsenic de sodium, reconnu trop dangereux pour la santé humaine et l’environne-ment. En 2015, un grand consortium international de chercheurs s’est regroupé pour envisager de nouvelles solutions. Au sein de l’UMR œnologie de l’ISVV, nous nous sommes intéressés à l’évaluation d’une vieille solution de lutte physique et à son impact sur la qualité des vins : le curetage. Il s’agit d’une sorte d’opération de chirurgie sur le pied malade, consistant à retirer le bois contaminé pour ne laisser sur pied que le bois vivant. Nous avons mené nos tests de 2014 à 2018 sur des parcelles du Médoc et de Cadillac.
Quelles ont été vos conclusions ?
Le curetage fonctionne quand des pieds expriment moyennement les maladies du bois au niveau des feuilles, avec une efficacité optimale quand il est mis en œuvre dès l’apparition des premiers symptômes. En favorisant un retour rapide à un fonctionnement normal, il permet de sauver le pied et freine fortement l’érosion de sa viabilité sur le moyen terme, d’après nos comptages. Au niveau de la qualité du vin, nous n’avons pas noté de différences entre un vin fait avec des raisins de pieds curetés et celui fait avec des raisins d’un pied asymptomatique. Le seul bémol se situe au niveau du rendement, qui peut un peu diminuer sur un pied cureté, puisqu’il faut parfois enlever beaucoup de bois pour assurer sa survie. Cette méthode reste néanmoins plus bénéfique que l’option d’arrachage et de replantation, le pied demeurant en production.
Quelles sont désormais les perspectives de recherches sur ce thème ?
Aujourd’hui, le projet continue à l’échelon international à travers un congrès consacré aux maladies du bois qui se tient tous les trois ans, et un nouveau financement sur ce thème. À l’ISVV, ma collègue Émilie Bruez mène des recherches sur la qualité des plaies de taille, qui constituent une porte d’entrée pour les maladies, afin d’envisager le volet prévention à l’installation de ces micro-organismes, le rendement, la fertilité et la qualité des vins.



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