Adrien Rusch
Chercheur en écologie à l’unité de recherche SAVE INRAE-ISVV
Paru dans Terre de vins n° 69 - Janvier/Février 2021
Comment évaluer l’état de la biodiversité dans les paysages viticoles ?
À la façon d’un naturaliste, on recense et cartographie les espèces, du micro-organisme aux chauves-souris en passant par les insectes, oiseaux ou plantes. On essaie de voir comment un paysage donné favorise une espèce auxiliaire plutôt qu’une autre. On utilise l’observation de terrain, mais aussi des outils complémentaires, comme l’analyse moléculaire, notamment pour déterminer qui mange qui. Par exemple, on essaie d’amplifier des fragments d’ADN retrouvés dans des excréments de chauves-souris ou dans les estomacs d’araignées pour savoir ce qu’elles ont mangé.
Préserver la biodiversité en viticulture, c’est comprendre les équilibres du vivant pour faire de la nature une alliée durable du vignoble.
Comment jaugez-vous les effets des activités humaines, dont les pratiques viticoles, sur la biodiversité ?
Chaque année depuis 2015, on collecte des données en travaillant dans des paysages réels, chez une quarantaine de viticulteurs de l’Entre-deux-Mers et du Libournais. On choisit des parcelles en fonction de la diversité de paysages alentour, pour obtenir un gradient allant de 100 % de monoculture de vigne jusqu’à 75 % d’habitat non cultivé, prairies, haies, forêts... On sélectionne aussi des parcelles conduites selon différents modes de culture, en conventionnel, agriculture biologique, biodynamique, pour faire la différence entre les effets contextuels inhérents au paysage, et ce qui est lié aux pratiques viticoles.
Concrètement, que proposez-vous aux vignerons pour les aider à concilier leurs pratiques viticoles et la préservation de la biodiversité ?
Grâce à nos travaux depuis 2015, on sait quel type de pratique viticole ou de paysage permet de préserver la biodiversité. Le but est de proposer aux vignerons de substituer à certains procédés ou intrants des fonctions assurées par la biodiversité. On a aussi instauré des mesures et outils concrets, pour s’assurer que des pratiques plus vertueuses soient capables de produire du raisin de qualité, avec un rendement suffisant, et que le viticulteur s’y retrouve économiquement. Depuis un an, une personne dédiée anime des ateliers en groupe d’une dizaine de viticulteurs, pour les embarquer sur des changements de pratiques, avec l’ambition de créer un effet boule de neige localement, puis pourquoi pas nationalement.



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