Chloé Delmas

Directrice de recherche au sein des UMR santé et agroécologie du vignoble à l’INRAE-ISVV

Paru dans Terre de vins n° 76 - Mars/Avril 2022

Le dépérissement n’est pas une problématique récente. Pourtant, il ne fait l’objet d’un engagement national que depuis peu...

Longtemps, les maladies du bois ont été perçues comme l’unique cause de mortalité, mais il est désormais admis que ce dépérissement est imputable à un ensemble de facteurs. Il n’est appréhendé de façon concertée que depuis 2016, à travers le plan national contre le dépérissement du vignoble, qui associe filière et recherche. Dans ce cadre, j’étudie depuis 2017 l’interaction entre plusieurs facteurs biotiques (maladies) et abiotiques (sécheresse, climat), et leurs conséquences sur la physiologie de la vigne. Je me suis particulièrement intéressée à l’esca, l’une des principales maladies du bois en France, et au rôle de l’environnement dans cette pathologie. Sa compréhension est encore très partielle, car elle implique un cortège d’agents pathogènes.

Le dépérissement de la vigne résulte de facteurs multiples, dont les maladies du bois et le climat, et nécessite une approche globale pour mieux le prévenir.

Comment progressez-vous dans la compréhension de l’esca et de ses liens avec le dépérissement ?

Nous nous heurtons à des limites techniques et technologiques. Il est impossible de reproduire les symptômes foliaires en laboratoire, car le ou les champignons précis qui en seraient à l’origine ne sont pas identifiés, et les symptômes s’observent en général sur des vignes de plus de 10 ans. Pour contourner ces limites, nous avons transplanté en pots des ceps de parcelles atteintes de longue date, afin de les étudier, notamment via l’imagerie à rayons X. Nous détenons une centaine de ceps de plus de 30 ans, venus de vignobles expérimentaux de l’Inrae à Bordeaux. Nous avons ainsi pu obtenir des symptômes foliaires de l’esca de manière naturelle, au même moment que dans les parcelles, et avec la même probabilité d’expression. Nous avons démontré pour la première fois que ces symptômes étaient associés à une perte de conduction de l’eau dans les vaisseaux des feuilles et tiges de l’année. Ce phénomène est causé par des occlusions, les thylloses, que la plante développe pour se défendre face une agression. Nous avons ensuite prouvé qu’une sécheresse modérée à intense inhibait totalement l’expression des symptômes.

Quelles sont les perspectives de recherche sur la thématique du dépérissement ?

Nous utilisons ce dispositif expérimental pour tester l’impact d’autres conditions environnementales sur les pathogènes, telles que différentes conditions de fertilisation azotée. Nous avons aussi commencé à mener un travail de modélisation statistique à l’échelle régionale et nationale, pour étudier le rôle des facteurs climatiques dans l’expression des symptômes de maladies du bois. Et ce, pour prédire à terme le risque d’expression de symptômes ou de dépérissement selon les climats futurs et les terroirs viticoles.