Kess Van Leeuwen
Professeur de viticulture à Bordeaux Sciences Agro et à à l’ISVV
Paru dans Terre de vins n° 64 - Mars/Avril 2020
Comment le réchauffement climatique impacte-t-il la vigne ?
Il modifie les conditions de température et de sécheresse de tous les vignobles mondiaux. Pour produire des vins de qualité, la tem-pérature doit être assez chaude pour que la maturation du raisin soit complète, mais elle ne doit pas être atteinte trop rapidement, ni dans des conditions trop chaudes. Quant à la sécheresse, la vigne la supporte très bien, mais dans une certaine limite, au risque d’in-duire une baisse de rendements puis de qualité. À Bordeaux, toutes les années sèches, de plus en plus fréquentes, sont de grands millésimes, ce qui n’est pas forcément le cas des années chaudes, même si les deux vont souvent de pair.
Face au réchauffement climatique, l’avenir des grands vins repose avant tout sur la capacité des vignobles à s’adapter.
Dans ses proportions actuelles, le réchauffement climatique serait-il alors plutôt une bonne nouvelle pour la qualité du vin ?
Ça dépend de la région. À Bordeaux, par exemple, l’augmentation des températures a amélioré la qualité depuis vingt ans, mais, s’il fait encore plus chaud qu’actuellement, ce sont les effets négatifs qui prévaudront. Les trois essentiels sont : des degrés alcoo-liques trop élevés, des pH trop hauts, donc un manque d’acidité, et une évolution de la palette aromatique, avec des arômes de fruits cuits, ce qui, selon les chercheurs de l’ISVV, n’est pas forcément un facteur de qualité des grands vins. Plus que sur la qualité, c’est cer-tainement sur le style de vins que ces effets seront les plus nets.
Quels leviers employer pour continuer à produire des vins de qualité dans un contexte de réchauffement climatique croissant ?
Le changement climatique n’est pas drama-tique si on sait s’adapter. Le moment de ré-colte est primordial pour éviter la surmaturité. Un autre puissant levier est le choix du cépage.
À Bordeaux, le merlot était bien adapté il y a vingt ans, mais subit de plein fouet les problèmes liés au ré-chauffement. Une piste est de valoriser des cépages plus tardifs, en augmen-tant la part des cabernets sauvignon et franc, et pourquoi pas des petit ver-dot et carménère. L’ISVV a également lancé l’ex-périmentation VitAdapt, pour étudier le comporte-ment d’une cinquantaine de cépages dans un contexte de réchauffe-ment, dont la plupart non originaires de Bor-deaux mais choisis pour leur proximité avec les cépages locaux. En 2019, les AOC Bordeaux et Bordeaux supérieur ont ainsi inclus dans leur décret d’appellation sept cépages non autoch-tones, quatre rouges (arinarnoa, touriga nacio-nal, marselan, castets) et trois blancs (alvarinho, liliorila, petit manseng), pour l’instant limités à 5% des surfaces. Si on s’adapte avec des chan-gements d’encépagement, on sera plus proche de la typicité d’aujourd’hui qu’en ne faisant rien



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