François Delmotte
Chercheur à l’INRAE, directeur de l’unité de recherche SAVE INRAE-ISVV
Paru dans Terre de vins n° 88 - Septembre 2023
Aujourd’hui, le mildiou est présent dans tous les vignobles hexagonaux. Comment est-il arrivé sur le sol français et comment se pro-page-t-il ?
Comme le phylloxéra, qui a généré une crise viticole sanitaire majeure, le mildiou a été importé d’Amérique avec des espèces sauvages de vignes choisies pour leurs qualités ornementales. Cette algue brune se propage très rapidement. Suite à une phase asexuée au printemps, le pathogène se répand par des spores sur les feuilles, grappes et vrilles de la vigne. Après la récolte, en automne, l’algue enclenche sa reproduction sexuée. Les individus s’accouplent et produisent des œufs d’hiver dans les feuilles. Quand celles-ci tombent et se décomposent, les œufs sont intégrés au sol, créant une réserve pour générer une nouvelle épidémie au printemps suivant.
Face au mildiou, la recherche développe des solutions durables fondées sur la prévention, la génétique et la réduction des intrants.
Quels sont les moyens de lutte employés contre le mildiou ?
Le contrôle de la maladie passe principalement par des traitements phytosanitaires appliqués sur les feuilles au printemps et à l’été, comme la bouillie bordelaise ou des fongicides de synthèse. Mais l’un des problèmes de ces traitements est le cuivre qu’ils contiennent, qui reste stocké dans les sols et y tue la vie.
Existe-t-il des alternatives à ces traitements phytosanitaires ?
Aujourd’hui, on peut difficilement s’assurer une récolte, en agriculture biologique ou non, sans traiter. Mais nous voulons essayer de sortir de ces solutions chimiques en ayant un coup d’avance sur la maladie, grâce à deux leviers. Le premier serait de rompre le cycle sexué du pathogène pour réduire les stocks d’œufs. Comme avec la confusion sexuelle employée contre les insectes, nous voulons anticiper pour empêcher le mildiou de s’accoupler en décryptant son dialogue hormonal. Nous travaillons aussi à l’extraction et au compostage des feuilles portant les œufs. Le second levier est l’utilisation de cépages naturellement résistants obtenus par croisements de vignes sauvages, dotées de gènes les rendant aptes à contrer les attaques de l’algue, et de variétés cultivées. Un gros travail de sélection est opéré par rétrocroisements successifs, pour obtenir des vignes résistantes avec un génotype ressemblant à nos cépages de Vitis vinifera. L’Inrae et l’IFV ont déjà créé des variétés pourvues de résistances durables au mildiou et à l’oïdium. Ces variétés servent aujourd’hui de géniteurs dans des programmes régionaux visant à créer des variétés adaptées au changement climatique et conservant la typicité régionale des vins.



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