Nathalie Ollat
Directrice de l’unité de recherche écophysiologie et génomique fonctionnelle de la vigne à l’INRAE-ISVV
Paru dans Terre de vins n° 67 - Septembre/Octobre 2020
On entend beaucoup parler de cépages, moins de porte-greffes. Quel est le rôle de la greffe en matière viticole ?
À quelques exceptions près, tout le vignoble français est greffé. Le plant de vigne tel qu’on le connaît est constitué de deux variétés fusionnées par greffage : le cépage, qui porte les raisins et les feuilles, et le système racinaire dans le sol, composé par une autre variété. Cette technique est appliquée à la vigne depuis
la deuxième moitié du XIXe siècle, époque où a été introduit à parti du continent nord-américain le phylloxéra, petit puceron s’attaquant aux racines du cep. En cherchant des moyens pour lutter contre ce fléau, responsable d’importants dépérissements du vignoble, les chercheurs se sont aperçus que les vignes
américaines, qui ont été à l’origine de l’introduction de l’insecte, résistaient mieux au parasite. Elles ont alors été utilisées comme porte-greffes. Le greffage s’est peu à peu généralisé pour reconstruire le vignoble. Écologiques, peu coûteux, les porte-greffes connaissent actuellement un regain d’intérêt en parallèle de celui
pour la vie du sol.
Discret mais essentiel, le porte-greffe est un levier clé pour adapter durablement la vigne aux maladies et au changement climatique.
Cet assemblage de deux variétés modifie-t-il la typicité des raisins et, par ricochet, des vins ?
Malgré les nombreuses controverses, l’impact du porte-greffe sur les caractéristiques et le goût du raisin est minime. Elles sont très largement déterminées par le cépage, ainsi que par de nombreux autres paramètres, notamment les modes de culture et les procédés de vinification.
Quelles sont les actualités de la recherche sur le sujet du porte-greffe ?
C’est une thématique importante, longtemps oubliée, justement parce que le porte greffe est caché dans le sol. À Bordeaux, il y a toujours eu des travaux de recherche sur le sujet. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, ils étaient plutôt orientés vers l’inscription de nouveaux porte-greffes mais, depuis une vingtaine d’années, des recherches ont été relancées pour mieux comprendre le rôle joué par le porte-greffe dans l’association. Il s’agit de proposer de nouvelles variétés de porte-greffes, pour les utiliser comme barrière contre d’autres maladies telles que le virus du court-noué, transmis à la vigne par un vers nématode présent dans le sol. Avoir une gamme plus large devrait aussi permettre de mieux s’adapter aux conditions de culture à venir, notamment du fait du changement climatique, en tenant compte des types de sols, secs ou plus humides. Le porte-greffe reste le seul moyen actuel de lutte contre le phylloxéra, encore présent dans tous les vignobles français. À court terme, changer le porte-greffe peut permettre de conserver les cépages emblématiques de la typicité et de l’appellation d’origine.



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