Sylvie Malembic-Maher

Chercheuse à l’unité de recherche Biologie et Pathologie du Fruit à l’INRAE-ISVV

Paru dans Terre de vins n° 66 - Juillet/Août 2020

Qu’est-ce que la flavescence dorée ?

C’est une maladie de la vigne causée par de minuscules bactéries parasites, les phytoplasmes, qui se multiplient dans la sève des ceps et perturbent leur métabolisme. La bactérie est transmise entre plants par un insecte piqueur-suceur, la cicadelle Scaphoi-deus titanus, par des échanges de plants in-fectés ou par la greffe. Elle a été observée pour la première fois en France dans les années 50 et s’est ensuite propagée dans le sud de l’Europe. Cette bactérie de quarantaine provoque des jaunisses ou rougissements, des feuilles qui s’enroulent, des rameaux qui restent verts et mous et un dessèchement des grappes, avec une altération de la production en quantité et en qualité, et à terme la mort du cep. 

La flavescence dorée est une maladie de la vigne transmise par une cicadelle, provoquant le dépérissement des ceps. Sans traitement curatif, la lutte repose sur la surveillance, la prévention et l'arrachage des plants infectés.

Assiste-t-on à une résurgence de la flavescence dorée en France et en Europe, éventuellement corrélée au changement climatique ?

On n’observe pas d’augmentation de l’impact de la maladie en termes de pertes de récolte ces dernières années, mais plutôt une poursuite de la propagation de l’insecte et de la maladie vers les vignobles jusque-là exempts, dont les plus septentrionaux. L’influence du changement climatique n’est quant à elle pas encore bien connue. On sait juste que des hivers doux et des étés chauds avec des stress thermiques et hydriques défavorisent la cicadelle, alors que l’accroissement des températures au printemps et au début de l’été augmente la multiplication de la bactérie, dont la température optimale de multiplication est de 26 °C.

Quelle actualité et quelles avancées de la recherche dans la lutte contre la flavescence dorée ?

La recherche a d’abord travaillé à caractériser le cycle de la maladie et la biologie de son in-secte vecteur. Avant l’introduction de la cicadelle, importée d’Amérique du Nord lors de la crise phylloxérique, la bactérie était déjà présente na-turellement sur le continent européen dans des plantes environnant les vignobles, sans causer de dégâts sur la vigne. C’est l’introduction de la cicadelle qui a entraîné les premières épidémies. Les seuls moyens de lutte connus sont du ressort de la prévention : surveillance des vignobles et pépinières pour détecter au plus tôt les pieds malades, arrachage des pieds malades voire de la parcelle entière si elle est contaminée à plus de 20 %, traitements insecticides contre la cicadelle...

Nous avons développé des tests de diagnostic qui permettent de détecter la bactérie dans les ceps et de distinguer les différentes souches circulant au sein des vignobles européens.

Plusieurs projets travaillent aussi sur la détection des symptômes de la maladie par acquisition d’images au vignoble grâce à l’utilisation de systèmes satellites, de drones ou de systèmes de détection embarqués sur les trac-teurs. On ne connaît pas de variété de vignes résistantes, mais nous avons mis en évidence que certains cépages sont peu sensibles à la maladie et en limitent la propagation.