Nashidil Rouiaï

Maître de conférences à l’Université de Bordeaux ISVV

Paru dans Terre de vins n° 87 - Juillet/Août 2023

 

Comment l’œnotourisme s’est-il imposé comme un levier du développement agroécologique des vignobles ?

Dans un contexte de décroissance de la consommation de vin dans les pays de l’ancien monde vitivinicole, l’oenotourisme a constitué une piste de diversification pour trouver de nouvelles externalités économiques. Tout en valorisant le produit et le territoire viticole, il permet de cerner et répondre aux attentes de consommateurs et oenotouristes de plus en plus sensibles au respect de l’environnement. Aux côtés des vignerons, les oenotouristes vont devenir des acteurs privilégiés de ces changements de pratiques.

L’œnotourisme peut accompagner la transition agroécologique des vignobles en valorisant les pratiques environnementales et la biodiversité des territoires.

Qu’ont révélé vos recherches sur l’articulation de ces deux thématiques ?

En prenant appui sur des études qualitatives, observations participantes et entretiens avec des acteurs de l’oenotourisme et les oenotouristes, j’ai pu montrer que l’alliance entre la valorisation oenotouristique des territoires viticoles et leur développement agroécologique était un terreau fécond, qui peut à la fois se penser à
l’échelle individuelle et dans le cadre de stratégies collectives. L’attente première des touristes qui visitent un vignoble est de découvrir un produit et un savoir-faire, mais ils sont aussi nombreux à vouloir comprendre le processus de production, avec une attention permanente aux questions environnementales, parmi lesquelles la biodiversité occupe une place centrale, car elle est palpable et observable à travers les paysages. D’après mes entretiens, la démarche d’ouverture nécessaire pour proposer une offre oenotouristique allant au-delà de la simple dégustation n’impulse pas à elle seule de nouvelles pratiques. Mais elle coïncide souvent avec une démarche de transparence des pratiques viticoles, orientée vers un développement plus respectueux de l’environnement du vignoble.

Quelles sont désormais vos pistes de recherches autour de ce sujet ?

J’ai mené en 2019-2020 une étude dans le val de Loire, montrant que ces deux enjeux allaient de pair et qu’on avait tout intérêt à aider les vignerons à développer ces offres oenotouristiques, out en favorisant la mise en place de pratiques collectives, notamment à travers l’aide des interprofessions,des syndicats… À l’ISVV, nous travaillons aussi en ce sens à travers le projet Vitirev, impulsé par la Région Nouvelle-Aquitaine à l’échelle régionale. En plus de nos licences professionnelles et masters pour former des professionnels de l’oenotourisme, nous avons mis en place un pôle de formations courtes pour renforcer les compétences des acteurs locaux, dont les vignerons qui souhaitent ouvrir leurs domaines et accueillir des touristes. Parmi elles, depuis 2022, nous proposons notamment la formation Comment développer une offre éco-oenotouristique, pour donner en une vingtaine d’heures les bases et les clés en la matière.